Secrétariat pour la Justice Sociale et l'Écologie de la Compagnie de Jésus

Headlines 2013-06

                                                      FRA 14 juin 2013

...pour échanger les nouvelles de justice sociale et d'écologie, stimuler les contacts, 
partager la spiritualité et promouvoir le travail en réseau...

Récit

 

Les Adivasis d'Assam -De la servitude à la libération

 

C'était le 24 novembre 2007 et, suite à l'invitation de l'Association des étudiants adivasis d'Assam (AASAA),  les Adivasis (peuples autochtones) de tous les coins d'Assam atteignirent Guwahati, la capitale de l'État d'Assam, située au  nord est de l'Inde. La foule sur le campus de l'école gouvernementale de Beltola a commencée à grandir  et a lentement commencé à bouger vers le bureau du commissionnaire adjoint pour lui remettre un mémorandum exigeant que le statut d'autochtone désigné (Scheduled Tribe ou ST), un privilège constitutionnel octroyé aux peuples autochtones, soit accordé aux migrants adivasis vivant à Assam. Alors que la foule s'approchait du bureau du commissionnaire, un camion chargé de jeunes gens armés de bâtons, de pierres et de briques est soudainement apparu et a commencé à attaquer les paisibles marcheurs. Une jeune fille adivasi a été mise à nue, battue et poursuivie pendant que les caméras continuaient de s'activer. Environ une vingtaine de personne ont été brutalement tuées y compris certaines personnes prises dans la ruée causée par les attaques. Les forces policières étaient présentes  mais celles-ci sont restées sans bouger à regarder ce qui se déroulait devant leurs yeux. Plus tard, les meneurs de la manifestation ont été arrêtés et harcelés alors que les auteurs des actes de violence ont été laissés en paix.

 

Ceci n'est qu'une des attaques barbares qui se produit régulièrement à l'encontre des Adivasis en Inde. L'affrontement entre les Adivasis et la tribu des Boho en 1996, suivi de plusieurs autres,  des meurtres, des maisons détruites et des propriétés saccagées, des déplacements de populations - tout cela ne peut jamais être oublié. En 1996, des centaines de personnes ont été tuées durant les affrontements et plus de 70 000 personnes, y compris des Bohos, des Santhals et des Oraons, se sont réfugiées dans 28 camps humanitaires. En 2010, des évictions illégales et inhumaines ont eu lieu dans les districts de Lungsung au Kokrajhar, un incident qui a paralysé la vie des personnes prises au milieu des conflits. Tout cela est arrivé parce que les Adivasis avaient réclamé leur droit à la vie et le droit de gagner leur vie.

 

Depuis 1831, les Adivasis ont été amenés à Assam, par les Britanniques, à partir du plateau de  Chotanagpur en Inde centrale, afin de travailler en tant que contractuels dans les domaines de culture du thé, puisque les habitants locaux ne voulaient pas travailler dans les jardins de thé. Les Adivasis, appauvris et souffrant de famine, ont été recrutés et amenés par milliers pour travailler dans les domaines d'Assam. Bien qu'ils contribuent 20% de la production mondiale de th, ils reçoivent très peu en retour; leurs vies sont marquées par la souffrance et la misère. Au cours des siècles plusieurs  Adivasis ne trouvant pas de travail à cause du surplus de la main d'œuvre ainsi que ceux qui fuyaient le traitement oppressif et abusif des gérants, se sont installés à l'extérieur des jardins de thé dans des villages qu'on appelle aujourd'hui des 'Bastis'.

 

Plus de cent ans ont passés depuis qu'ils ont quittés les jardins de thé mais leur situation s'est très peu améliorée. De plus, ce qui rend la situation encore plus difficile, c'est que le gouvernement ne les a pas encore reconnu comme 'Autochtones désignés' (ST; ce qui les empêche de se prévaloir des programmes d'action affirmative auxquels ils pourraient avoir droit.

 

Gana Chetana Samaj (GCS) ce qui signifie « Société de la conscience populaire » a été fondée par les Jésuites le 1er septembre 1999  pour desservir les Adivasis et les membres des tribus d'Assam. GCS œuvre à ce que les femmes, les enfants, les jeunes, les fermiers, les ouvriers des jardins de thé ainsi que les pauvres des régions rurales désolées et nécessiteuses se prennent en main  et s'émancipent. GCS a aidé  les femmes pauvres et marginalisées à former des groupes d'entraide   afin de devenir indépendantes. Aujourd'hui on compte la création de plus de mille groupes de femmes. Avec leurs économies et d'autres activités de groupes organisées par GCS, leurs familles sont désormais libérées des griffes des usuriers et elles ont repris possession de leurs terres hypothéquées. Pour différents types de prêts elles sont en lien avec des institutions financières  comme les banques  ainsi qu'avec Block and District Rural Development Agence (DRDA). De nombreuses femmes ont entrepris des activités génératrices de revenus afin d'augmenter le revenu de leurs familles. Les clubs de fermiers ont été créés afin d'offrir des formations sur les méthodes modernes d'agricultures comme le système de riziculture intensive (SRI). L'un des fermiers a déclaré : « Cette année j'ai assez à manger et je peux même vendre du riz non décortiqué parce que j'ai eu une bonne récolte. »

 

Grâce à l'approche fondée sur les droits (Right Based Approach), GCS a formé des villageois à exiger leur droit à la nourriture, leur droit au travail, au crédit et à l'information à travers le gouvernement local ou Panchayati Raj. Ces programmes de formation conscientisent la population concernant les différents  projets sociaux gouvernementaux et les rend capable de  se lever et de réclamer leurs droits. Un exemple : les villageois de Rabhabasti dans le district Kokrajhar d'Assam  n'obtenaient pas leurs rations auxquelles ils avaient droits  en provenance du magasin de ration à prix équitable. Alors les villageois ont soumis une application par écrit au directeur du département  de l'approvisionnement civil et alimentaire. Une action immédiate a alors été prise par les autorités et les villageois ont commencé à recevoir leurs rations. Mekerethy Hasda, une jeune fille Santhal, a dit  franchement et avec détermination : « Je suis très contente parce qu'après avoir suivi la formation d'esthéticienne et de couture, j'ai commencé a travaillé dans un salon de beauté et que  je couds des robes lorsque je suis à la maison. Maintenant je gagne 1 200 roupies par mois et je ne dépends plus de personne. »

 

Lorsque je regarde tout le processus de Gana Chetana Samaj pour le développement des pauvres, je me sens fier que des changements socio-économiques aient déjà pris place dans le village. Les gens se sont affirmés. Ils peuvent se faire entendre et s'élever contre les injustices dont ils sont victimes, L'unité des Adivasis grandit et se fortifie de plus en plus. Ils savent comment pressurer leur gouvernement et obtenir qu'on respecte leurs droits, y compris le statut d'autochtone désigné (ST). Des défis demeurent, le plus important consistant à changer la mentalité des gens.

 

Je trouve mon travail signifiant parce que je vis parmi une population opprimée, que je travaille avec eux et pour eux pour la libération des entraves qu'apporte la pauvreté,  l'oppression, l'injustice et l'analphabétisme. Est-ce que ce n'est pas ce que Jésus a fait et ce qu'il nous appelle à faire encore aujourd'hui?

 

George Soreng SJ

 

Nouvelles en bref

 

SJES - PI 111 Une spiritualité qui nous réconcilie avec la création

 

Dans ce numéro de Promotio Iustitiae, nous avons demandé à plusieurs auteurs de nous aider à découvrir dans la spiritualité ignatienne - et à travers la théologie chrétienne - des sources d'inspiration qui nous suggéreront une nouvelle manière de nous rapporter à la nature, pour mieux l'aimer, pour la respecter et la protéger. Il s'agit de cinq perspectives différentes qui approfondissent les racines spirituelles de notre engagement écologique. En les approfondissant, notre participation à « la réconciliation avec la création » n'en sera que plus résolue. Nous espérons que ces pages nous aiderons agir dans ce but. Lire plus...

 

Asie-Pacifique - Lutte contre la traite d'êtres humains

Les Jésuites d'Asie-Pacifique prendront un rôle plus actif dans la lutte contre la traite des êtres humains, que le pape Francis a récemment appelée "une activité ignoble, une honte pour nos sociétés qui se décrivent pourtant comme civilisées». Cette déclaration d'intention a été faite au Congrès XV des Supérieurs Majeurs de l'Asie du Sud qui s'est tenu à Singapour en Avril 15-19, 2013. Lire plus... 

Burundi - Un Jésuite, directeur de projet, s'adresse au nom des ONGs au chef de l'ONUSIDA

 

Le directeur du Service Yezu Mwiza (SYM), un projet SIDA dirigé par les Jésuites au Burundi, a exhorté l'ONUSIDA et autres partenaires à intensifier le plaidoyer pour un accès universel au traitement et à une meilleure gestion du Fond Global, pour que les services soient plus facilement accessibles à ceux qui en ont besoin. Le Père Désiré Yamuremye, SJ s'adressait au chef de l'ONUSIDA, Michel Sidibé, au nom des représentants de la société civile lors d'une réunion à Bujumbura le 9 mai. Lire plus ... 

USA - Déclaration des Jésuites sur la réforme compréhensive de l'immigration

"Le débat sur l'immigration provoque l'émotion aux deux côtés de l'assemblée et nous espérons que nos officiels élus  pourront surmonter la politique partisane», a déclaré le Père Jésuite Thomas Smolich, président de la Jesuit Conference. «En raison de notre engagement dans l'éducation des enfants de migrants dans nos écoles, dans le service des communautés de migrants dans nos paroisses, et dans l'offre de nourriture et abri aux enfants, hommes et femmes à la frontière, nous voyons de première main le coût des lois présentes sur l'immigration. Nous avons plaidé pour la réforme depuis de nombreuses années, et nous n'avons jamais été si proches. Nous prions le Congrès de prendre en considération l'avenir de 11 millions de personnes gravement concernées ». Lire plus ... 

Canada - Les Provinces Anglaise et Française se réunissent pour réfléchir sur la promotion de la justice

Du 30 mai au 2 Juin, les provinces française et anglaise du Canada se sont réunies pour réfléchir sur la promotion de la justice et trouver des champs de collaboration future. La réunion a eu lieu à la Villa Saint-Martin, à Montréal. 60 personnes parmi les jésuites et les collaborateurs laïques, 30 pour chacune des deux provinces, avaient été invitées. Le premier soir, une rétrospective de l'engagement des Jésuites dans la promotion de la justice fut donnée. Le jour suivant, on se concentra sur les activités actuelles dans les domaines des migrants et des réfugiés, de l'écologie et de l'intégrité de la création, et de la proximité avec les pauvres. Comme Haïti fait partie de la Province Française du Canada, le point de vue de ce pays fut aussi été inclus par des jésuites haïtiens. Les membres ont également eu le temps d'approfondir les défis confrontant  la Compagnie au niveau mondial. L'entière réunion était organisée dans un climat de discernement. Une prière pour remercier Dieu pour la création joua un rôle important dans la réunion. A la fin de la réunion, quelques domaines concrets de collaboration future furent identifiés qui demanderont une planification concrète.

Espagne - Le défi des préoccupations écologiques pour notre foi aujourd'hui

L'Institut pour la foi et de développement et la Fondation Inea de la Province de Castille ont organisé un événement d'une semaine sur Spiritualité et Ecologie du 7 au 9 mai. Ils ont invité trois savants qui réfléchirent sur les défis qui confrontent la foi chrétienne dans la crise écologique actuelle. Tous trois mentionnèrent le récit de la création dans la Bible. La Genèse, dirent-ils, offre un récit de six jours de travail par le Créateur. Il semble que les croyants n'attachent d'importance qu'au  sixième jour, celui de la création de l'homme et de la femme. Mais il n'y qu'une seule création qui est appelée à être sauvée intégralement. Dans leurs exposés, ils relièrent également la foi, la justice et la protection de la création. Les Audio, vidéos et documents peuvent être trouvés à: 

Rome - Le Pape François parle de la nécessité d'une réforme financière

Le 16 mai Pape François adressa les nouveaux ambassadeurs non-résidents au Saint-Siège de Kirghizistan, Antigua et Barbuda, Luxembourg et Botswana. Il parla de la crise financière et économique mondiale, disant que cette crise met en évidence «la gravement déficiente perspective humaine qui réduit l'homme à un seul de ses besoins, à savoir la consommation. Pire encore, les êtres humains eux-mêmes sont aujourd'hui considérés comme des biens de consommation qui peuvent être utilisés et rejetés. Nous avons ouvert une culture de rejet. Cette tendance est visible au niveau des individus et de sociétés entières ; et elle est propagée". Il dit également qu'une réforme financière selon des critères éthiques est nécessaire qui produirait à son tour une réforme économique au bénéfice de tous, ce qui exigerait un changement courageux d'attitude de la part des dirigeants politiques. Le texte intégral peut être trouvé ici:

 

Patxi Álvarez SJ, Directeur 
Xavier Jeyaraj SJ, Rédacteur
Secrétariat pour la Justice Sociale et l'Écologie, Borgo S. Spirito 4, 00193 Rome, Italie.