Une mémoire pour demain…

Le mois de novembre est un temps propice à la mémoire. On se prépare à l’hiver et à ses longs silences. Les feuilles tombent et dénudent le paysage, nous ouvrant un relief nouveau. Nous faisons mémoire de tous les saints, puis de nos ceux qui nous ont précédés dans la mort.

En marchant il y a quelques semaines dans notre forêt de Saint-Michel, au milieu de cette nature pavoisant une dernière fois avant la neige, mon attention a été attirée par deux petites chutes, qu’on voit habituellement au printemps, mais que les pluies abondantes des jours précédents avaient fait renaître. Elles me rappelaient que l’eau du printemps sourd déjà dans nos terres automnales…
Chute à Saint-Michel

Sainte Kateri: fruit de témoins de la foi!

Au tout début de cette année de la foi, Kateri Tekakwitha, sainte Kateri, sera officiellement canonisée le 21 octobre prochain. Plus de trois cents ans après son décès, c’est un beau symbole de la valeur séculaire du témoignage de la foi. D’abord, bien sûr, le témoignage de Kateri elle-même : née d’une mère chrétienne algonquine baptisée et d’un père mohawk, orpheline très jeune, affectée par la variole et marchant à tâtons (d’où son nom de Tekakwitha). Elle découvre cependant la foi, est catéchisée, baptisée, fuit vers la mission Saint-François-Xavier pour pouvoir vivre pleinement sa foi, la vit de manière telle qu’elle devient un leader auprès des siens, caressant le désir de consacrer sa virginité dans le cadre d’une communauté religieuse autochtone et meurt en odeur de sainteté. Tout un trajet accompli en quelques années!

Mais la canonisation de Kateri nous rappelle aussi tous les témoins qui ont rendu possible son cheminement : Isaac Jogues, Jean de la Lande et René Goupil, martyrisés dans son village natal quelques années avant sa naissance, sa mère, les femmes qui bravaient l’opposition en appelant à la prière, les convertis, les missionnaires qui l’ont accompagnée. C’est certainement en reconnaissance pour eux tous, et dans la communion avec eux, que sainte Kateri accueillera l’hommage qui lui est fait.
Souhaitons donc d’être de cette communion de témoins qui aident les jeunes d’aujourd’hui à devenir des témoins de la foi en notre monde.

Nous avons aujourd’hui besoin de missionnaires…

Le Québec a longtemps une terre envoyant ses missionnaires un peu partout sur la planète. D’Addis-Abeba à Port-au-Prince, en passant par Süchow ou le Brésil, nos missionnaires quittaient un pays de chrétienté où l’Église était omniprésente pour apprendre à connaître une culture nouvelle et tenter, humblement, d’y planter une semence d’Évangile. Les récits des commencements laissent entrevoir comment l’audace, la patience, l’amour ont permis de faire éclore, malgré bien des échecs, des communautés vivantes.

Mais avant d’être terre de chrétienté, le Québec fut aussi un territoire missionnaire. Les efforts de nos saints Martyrs canadiens nous sont connus; leurs difficultés avec la langue, la culture, le mode de vie, les guerres intestines, les oppositions aussi. Entre échecs et tentatives, l’Évangile, humblement, petitement, a pu prendre racine ça et là, fleurissant ainsi dans ce lys des Agniers que fut sainte Kateri Tekakwitha.

Aujourd’hui, le Québec est de nouveau terre de mission. La masse des hommes et femmes d’ici vit sa vie souvent sans Dieu. L’Église, le Christ, voire l’Évangile, rencontrent indifférence, sarcasme, mais parfois aussi ouverture, curiosité. L’ère de l’unanimité est terminée, mais un vaste champ s’offre au semeur patient et confiant. Notre Église et notre monde ont besoin de ces âmes de missionnaires qui inlassablement, sans se décourager, proposeront le message du Christ aujourd’hui, sans nostalgie, mais les yeux fixés sur la croissance du grain semé largement dans la bonne terre.

Des prières pour l’été!

L’été qui s’amorce nous invite à la rencontre. Et c’est au coeur de rencontres fraternelles, amicales, au Pré-des-clercs, à l’Abbaye de Vauvert ou encore à la butte Montmartre, qu’Ignace, Pierre, Xavier et les autres ont su tisser des liens fraternels et spirituels qui les ont poussé à une offrande d’eux-mêmes qui soit vigoureuse et généreuse. En ces semaines où tant de jeunes, étudiants et autres, se mobilisent à la recherche du bien commun et descendent dans les rues, prions pour que plusieurs découvrent ce feu de charité qui éclaire sans consumer et donne vie au monde. Ce sera notre prière pour le mois d’août!

Quant à juillet, comment passer sous silence ce père qui nous sert de modèle, cet homme pour les autres, animé d’un zèle pour Dieu et le monde, cherchant à les réconcilier par sa parole, son action et sa vie. Prions pour que la ferveur de saint Ignace nous habite!

En cet été, je vous invite à prier pour Adam, qui fera ses voeux le 18 août, de même que pour les candidats canadiens-anglais qui entreront au noviciat. Je vous invite aussi à prier pour ces jeunes hommes d’ici qui portent un grand désir de consacrer leur vie au Seigneur dans la Compagnie…

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Prière pour les vocations – Juillet 2012

Seigneur,
En saint Ignace, tu nous as donné
un père et un modèle
Attentif à ton appel,
Il a su mettre son zèle
au service de ses frères
Cherchant à faire entrer le monde dans l’intimité du Christ.
Donne-nous, Seigneur, ce feu
qui enflammait Ignace,
Et fais que se lève en notre Église,
des hommes de cette carrure
qui acceptent de tout laisser pour servir sous l’étendard de la croix.

Nous te le demandons par Jésus, le Christ, notre Seigneur

Amen.

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Prière pour les vocations – Août 2012

Jeunes étudiants, les premiers compagnons se rassemblaient pour travailler, discuter et prier
Au cœur de cette amitié,
entre eux et avec le Seigneur,
est né ce désir d’une offrande commune
Ce désir les mena un jour
à Montmartre,
puis sur les routes du monde.
Fais-nous vivre, Seigneur, de cette charité brûlante qui les habitait
Et donne aux jeunes généreux de notre temps le désir de mettre leurs pas dans les tiens.

Nous te le demandons par Jésus,
le Christ, notre Seigneur.

Amen.

De la joie de l’amour au service par amour

Dimanche dernier, dimanche des Rameaux, s’est célébrée la journée mondiale de la jeunesse, selon la tradition lancée par le bienheureux Jean-Paul II. Le Saint-Père a proposé une réflexion sur le thème de la joie : « Réjouissez-vous dans le Seigneur » (Ph 4,4). Bien qu’elle s’adresse d’abord aux jeunes, tous peuvent la lire avec profit (le lien est ici)! Benoît XVI interpelle directement les jeunes en les invitant à n’avoir pas peur de considérer un appel à la vie religieuse ou à la prêtrise:

[...] Pour entrer dans la joie de l’amour, nous sommes aussi appelés à être généreux, à ne pas nous contenter de donner le minimum, mais à nous engager à fond dans la vie, avec une attention particulière pour les plus pauvres. Le monde a besoin d’hommes et de femmes compétents et généreux, qui se mettent au service du bien commun. Engagez-vous à étudier sérieusement ; cultivez vos talents et mettez-les dès à présent au service du prochain. Cherchez comment contribuer à rendre la société plus juste et plus humaine, là où vous êtes. Que dans votre vie tout soit guidé par l’esprit de service et non par la recherche du pouvoir, du succès matériel et de l’argent.

A propos de générosité, je ne peux pas ne pas mentionner une joie particulière : celle qui s’éprouve en répondant à la vocation de donner toute sa vie au Seigneur. Chers jeunes, n’ayez pas peur de l’appel du Christ à la vie religieuse, monastique, missionnaire ou au sacerdoce. Soyez certains qu’il comble de joie ceux qui, lui consacrant leur vie dans cette perspective, répondent à son invitation à tout laisser pour rester avec lui et se dédier avec un cœur indivisé au service des autres. De même, grande est la joie qu’il réserve à l’homme et à la femme qui se donnent totalement l’un à l’autre dans le mariage pour fonder une famille et devenir signe de l’amour du Christ pour son Église. (§ 4).

Le dimanche des rameaux nous écartèle toujours : de la célébration festive de l’entrée de Jésus à Jérusalem, on passe à la lecture de la passion. Un travail similaire est suggéré par la liturgie du Triduum pascal. Le jeudi saint, à l’aurore du dénouement final, Jésus s’abaisse devant ses disciples, leur lavant les pieds, lui qui est bien le Maître et Seigneur, et préfigure ainsi l’abaissement complet qu’il vivra jusque dans la mort. Mais cet abaissement est volontaire, enraciné dans l’amour et tourné vers le service du prochain. C’est ce qu’il enseigne par ce geste simple, à hauteur d’homme, geste d’un mouvement qu’il nous invite à faire nôtre.

Bonne semaine sainte!

Un carême à l’écoute…

Ce mois de mars nous trouve en plein carême. En ce temps où nous sommes conviés à nous recentrer sur l’essentiel de notre vie, trois piliers se présentent à nous comme autant de lieux où nous appuyer dans notre chemin vers le Christ ressuscité : le jeûne, l’aumône et la prière.

Et qui mieux que saint Joseph pourrait nous parler de la prière? En fait, peut-être pas, puisque saint Joseph est l’homme du silence… Mais justement, la prière est d’abord pétrie par l’accueil, l’accueil de la présence d’un Autre, l’accueil d’une parole, de la Parole. C’est ainsi que saint Joseph est devenu le patron des spirituels, de ceux qui se mettent à l’écoute de Dieu. Le premier carmel réformé lui a été dédié… de même que notre premier noviciat construit à Montréal, au Sault-au-Récollet.

Comme compagnons de Jésus, nous sommes bien souvent des hommes de parole… et même de beaucoup de paroles! C’est bien, mais il nous faut aussi prendre le temps d’écouter cette Parole qui dit encore et toujours une espérance à notre monde.

Bon carême, bonne écoute…

Deux ignatiens bientôt saints: Kateri Tekakwitha et Jacques Berthieu

En ce tournant d’années, les nouvelles récentes du Saint-Siège annonçant la canonisation de Kateri Tekakwitha et de Jacques Berthieu sont pour nous sources de joie.

La bienheureuse Kateri  a été pour les jésuites du 17e siècle une « associée » de la première heure. Ses contacts avec les jésuites de Nouvelle-France ont été déterminants; ce ceux ont qui l’ont baptisée, puis ont guidé ses pas jusque vers la mission Saint-François-Xavier, près de Montréal, où elle vécut et mourut en odeur de sainteté. Son corps est toujours conservé à l’église de Kanahwake. On peut prier pour que son exemple aide à une harmonie plus grande entre les « Blancs » et les Amérindiens et contribue à une intégration plus poussée de la foi chrétienne avec la culture amérindienne.
            Le bienheureux Jacques Berthieu nous est moins familier. Il s’agit pourtant d’un compagnon jésuite, Français d’origine, mort martyr à Madagascar en 1896. Dans une lettre à un confrère prêtre de France, il parlait ainsi de sa vocation missionnaire : « Dieu sait si j’aimais et si j’aime encore le sol de la patrie et la terre chérie de l’Auvergne. Et cependant Dieu me fait la grâce d’aimer bien plus encore ces champs incultes de Madagascar, où je ne puis que pêcher (et bien péniblement) à la ligne quelques âmes pour Notre Seigneur. Je conserve de Roanne un excellent souvenir. Mais je sais d’autre part, et pour sûr, que c’est ici que Dieu m’a appelé : y rester jusqu’à ma dernière heure n’est plus pour moi un sacrifice ; revenir en France en serait un que je ne pourrais faire que pour Dieu, comme je fis le premier. Je vous parle franchement et sans figure. C’est là un des secrets très communs, mais peu connus, de la vie missionnaire. » Nous pouvons prier qu’à son exemple se lèvent de ces hommes en feu, animés d’un désir incandescent d’annoncer une Bonne Nouvelle à notre monde!

De l’attente à l’espérance!

Le temps de l’Avent nous invite à l’attente. Soit, mais l’attente n’est pas toujours gage de succès! On attend parfois en vain, surtout lorsqu’on ne sait pas vraiment ce que l’on attend. Le temps de l’attente est parfois aussi un temps vide, anxieux, passif qui ne trouve de sens qu’en une venue finale qui en efface le néant.

Le temps de l’Avent nous invite à l’espérance! L’espérance ressemble à l’attente, mais déjà elle est habitée par un désir. L’espérance nous mobilise, nous tend vers le but, comme la corde de l’arc se tend pour propulser la flèche. L’espérance nous met déjà comme en possession de l’objet attendu, nous ouvre à sa joie!

Que notre Avent soit espérance est d’autant plus important lorsque le jour décline et nous pousse à l’assoupissement. C’est ce que nous rappelle la parabole des veilleurs, qui a ouvert cette saison; s’il est facile (et même superflu!) de veiller en plein jour, c’est lorsque la nuit vient que le fait d’être vigilant prend tout son sens. Et déjà, au cœur de cette espérance, l’enfant de la Promesse prendra chair en nous pour habiter ce monde.

Joyeux Avent!

Entre jeunesse et fidélité…

Le hasard du calendrier liturgique fait se côtoyer chaque année deux saints jésuites qui illustrent chacun un trait bien distinct de l’engagement à la suite du Christ: les saints Stanislas Kostka et Joseph Pignatelli.

Saint Stanislas Kostka, que nous célébrons le 13 novembre, est l’un des patrons de la jeunesse. Dès l’âge de 14 ans, il voulut se faire jésuite, mais c’était sans compter l’opposition de ses proches, une grande famille de la noblesse polonaise. A 17 ans, étudiant à Vienne auprès des jésuites, il décide, dans l’ardeur de sa jeunesse, de tout laisser derrière lui pour se faire religieux. Le provincial d’Allemagne, saint Pierre Canisius, auprès duquel Stanislas était accouru, reconnaissant sa verte sainteté, mais aussi l’impossibilité de l’accueillir face à l’opposition de sa famille, décide de l’envoyer à Rome, pour qu’il puisse y commencer son noviciat. Stanislas traverse ainsi toute l’Europe pour se rendre auprès de saint François Borgia, qui était alors supérieur général de la Compagnie de Jésus et qui l’accueillit en son sein. Il y mourut un an plus tard, à 18 ans, en odeur de sainteté. Il est le patron des novices jésuites.


Saint Joseph Pignatelli, pour sa part, a jouit d’une vie plus longue, mais aussi très mouvementée! Né en 1737, il entra dans la Compagnie en Espagne en 1753. L’époque est alors très trouble, puisque des expulsions d’Espagne, de France, puis une suppression générale sont décrétées. Face à toutes ces épreuves (il fut un temps interdit aux prêtres jésuites d’exercer même leur ministère sacerdotale), il garde espoir et refuse tout autre voie que celle où il s’était déjà engagé. Au milieu de ces tourments, il écrit à son frère:

« Aujourd’hui, je n’ai aucune raison d’abandonner la Compagnie ; et je suis résolu à y vivre et à y mourir. [...]  Si vous venez à m’écrire à nouveau, ne me parlez plus de cette question d’abandonner ma vocation. Je vous prie de ne faire aucune instance à Rome pour obtenir la permission de passer à un autre ordre religieux. C’est une chose que je ne ferai jamais, même s’il me fallait perdre mille fois la vie« 

La Révolution française, la République, puis l’Empire napoléonien changèrent la donne en Europe. Joseph se mit en contact avec les jésuites de Russie, dont la survivance vint à être reconnue par le Saint-Père, puis contribue à la reconnaissance, voire à la restauration de la Compagnie dans certains territoires italiens (Parme, Naples, Sicile, Sardaigne). Joseph Pignatelli meurt à l’âge de 73 ans, en 1811, trois ans avant la restauration de la Compagnie de Jésus dans toute l’Église par le pape Pie VII. On le fête le 14 novembre.

A deux siècles de distance, saint Stanislas et saint Joseph nous parlent pour l’un de l’ardeur à mettre dans un engagement pour Dieu et le prochain, et pour l’autre, de la fidélité au coeur même des épreuves les plus grandes. Deux belles figures pour notre temps!

Mois de novembre, mois de mémoire

Le mois de novembre peut nous sembler lourd. Les premières neiges arrivent avec le froid et les arbres dénudés. Les jours d’été appartiennent au passé. Ce passage vers la saison hivernale nous invite à entrer en nous-mêmes pour faire mémoire.

C’est bien ce que l’Église nous propose en ce mois de novembre. Dès le 1er novembre, ce sont tous les saints qui sont auprès de Dieu, connus et inconnus, que nous célébrons. Le lendemain, ce sont tous nos morts que nous commémorerons. Le 5, enfin, ce sont les saints de la Compagnie de Jésus dont nous faisons mémoire.

Mais pourquoi faire mémoire de tant d’hommes et de femmes? D’abord pour rendre grâce au Seigneur pour le témoignage d’humanité et d’union à Dieu qu’ils nous ont livré. Chacun, chacune à sa manière nous reflète quelque chose du visage de Dieu. Mais aussi pour aller de l’avant! Inspirés par une même source, cette Bonne Nouvelle révélée en Jésus-Christ, nos devanciers nous invitent à tendre nos mains vers Dieu et notre prochain, pour entrer nous aussi résolument dans ce cortège de tous les saints, avec foi, espérance et charité, au printemps, à l’été, comme à l’automne de la vie. Alors notre commémoration de tous les saints sera aussi promesse d’une demeure en Dieu.