Témoignages

Trouver son fil rouge

Des études secondaires en mathématiques et sciences naturelles, l’exercice de la guitare classique, lire, bricoler, l’athlétisme, le soccer, la bicyclette, un club de jeunes, sortir avec des amis … Au bout d’un certain temps, il est temps de faire un tri là-dedans.

Des études en génie industriel, l’athlétisme [devenir plus tard entraîneur pour des enfants? Un premier rêve authentique]. De bons résultats mais un goût sec dans les études, un manque de plaisir pendant l’entraînement. Ignace appellerait cela « désolation ».

Du sport, un retour vers le club de la jeunesse: Travailler avec d’autres pour autrui. Cette fois-ci, un enthousiasme, une joie, un embrasement intérieur inconnu jusque là. Ignace appellerait cela « consolation ». Plus tard, un changement d’études : enseignant en matières techniques pour des élèves en difficultés caractérielles, plus en lien avec mon tempérament sociable.

Et entre temps, invité par un ami à une session : « Fasciné par Jésus », une découverte — aussi imprévue que décisive — de l’Évangile, du Christ. Ignace dirait « un choix du premier temps » cette fois-ci. Découvrir derrière les textes des expériences vivantes et vivifiantes des personnes, la ‘passion’ du Christ, encore aujourd’hui. Travailler à mi-temps dans l’enseignement, devenir agent en pastorale, diacre, me marier, avoir des enfants… Il était de nouveau temps pour moi de faire un tri là-dedans, de chercher quelque chose de plus unifiant.

La vie religieuse, Ignace, les jésuites! La culture et l’Évangile, le Christ et le monde, discerner, étudier, choisir. Et la recherche se poursuit. Les études, les besoins humains, sociaux et spirituels, la qualité de vie. L’enthousiasme m’amenait de la Flandre à Québec : accompagnement, formation, jeunes adultes, des ami(e)s, des confrères québécois et le bonheur de vivre ensemble avec des confrères haïtiens et malgaches.

Tu as perdu le fil rouge? Pas grave, il s’agit de trouver le tien. Peut-être la vie de jésuite? Une vie captivante, passionnante, infinie. Aimer et s’engager en amour et en vérité, devenir plus miséricordieux.

Bonne route!    Wim Dombret sj

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Chronique d’un appel

Comme jeune ayant grandi dans une ambiance paroissiale, j’ai senti le désir d’être prêtre pendant mon enfance. Avec le temps, j’avais conçu un tout autre projet de vie.

Cependant, vers la fin des études académiques, j’ai senti, d’une manière particulière, l’appel du Seigneur à le suivre dans la vie religieuse. J’ai d’abord réagi comme Jérémie; j’ai essayé de me dérober à l’appel. Et lorsque l’appel a continué à se faire sentir avec plus d’insistance et plus d`intensité, j’ai dit à celui qui m’appelait : pourquoi moi? Je ne me sentais pas apte pour la tâche, je me sentais indigne d’un tel privilège.

Alors, qu’est-ce qui a motivé mon oui? J’ai pris du temps pour discerner avec un prêtre. J’ai découvert que le Dieu que j’aime; mon ami, ne peut être indifférent à la situation de mon pays, Haïti. Ainsi, fit-il appel à moi pour collaborer avec lui. De plus, les manifestations de la présence amoureuse de Dieu dans l’histoire de ma vie ont fait naître en moi le désir de correspondre à ce grand amour.

C’est ainsi que j’ai pris le chemin de la vie religieuse, où l’amour que j’ai découvert et qui continue de se révéler à moi, nourrit mon cour, rythme ma vie et fait grandir en moi le désir d’être témoin du Christ.

Innocent Delsen sj

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C’est ça que je cherche

À l’âge de 26 ans, Ignace de Loyola fut terrassé par un boulet de canon. Le fougueux soldat basque fut forcé de garder le lit pendant plusieurs mois. Durant sa convalescence, on lui donna à lire une vie du Christ et une vie des saints; les seuls livres de la maison. Il s’y intéressa, bien qu’il aurait préféré lire des romans de chevalerie. En fait, il y prit tellement goût qu’il voulut suivre le Christ comme l’avaient fait les saints. On peut dire que ce boulet de canon changea le cours de sa vie.

Mon bulletin scolaire de 5 e secondaire fut le boulet de canon qui changea le cours de ma vie. Il m’annonçait ma piètre performance aux examens du ministère, mais surtout, mon échec à un examen de français (compréhension de texte) qu’il me fallait absolument réussir pour graduer au collégial. Je suis resté sonné quelques jours par cette nouvelle, que j’appréhendais, tout de même. Alors, j’ai décidé que pour m’aider à reprendre l’examen, j’allais lire le livre le plus « compliqué » dans la bibliothèque de mes parents : ce fut un livre de philosophie. Et, voilà que j’y pris goût, car il parlait de Dieu d’une manière nouvelle et absolue. C’est alors qu’intérieurement, je me suis dit : « C’est ça que je cherche. »

Ce « ça » de mes 17 ans, je ne le cherchais pas précisément. J’étais dédié totalement aux sports. Je me disais que je finirais par devenir un enseignant en éducation physique ou quelque chose du genre, sans trop y aspirer, car mon passage dans les écoles secondaires n’avait pas été des plus réjouissants. Or, ma nouvelle passion prit aussitôt le dessus sur l’ancienne et je décidai d’en vivre et d’en faire « l’affaire » de ma vie.

Depuis que je suis jésuite (1996), j’ai passé un bon nombre d’années dans les collèges fondés par la Compagnie de Jésus au Québec, à mon grand étonnement, mais surtout à mon grand contentement. Si la vie est pleine de rebondissements, c’est peut-être parce que Dieu est le Dieu des surprises? En tout cas, il doit sûrement avoir un moyen « fun » avec moi!
Présentement, je travaille au service d’animation de vie spirituelle et d’engagement communautaire du collège Saint-Charles-Garnier (Québec). J’édite aussi une histoire sur internet pour la jeunesse sur la vie d’Ignace de Loyola (www.inigo.ms).

Louis-Martin Cloutier sj

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Une soif profonde

Depuis que j’avais cessé de fréquenter l’église, à l’âge de 17 ans, je cherchais un sens à ma vie, une voie spirituelle qui pourrait combler ma soif profonde. Pendant 12 ans, j’ai ainsi cherché dans toutes sortes de directions : astrologie, Eckankar, Rose-Croix, puis du côté des religions orientales (bouddhisme, vedanta.). Quête d’abord livresque, qui satisfaisait ma curiosité intellectuelle, puis davantage expérientielle, car ma soif était plus qu’intellectuelle. Ce chemin de 12 ans me mène. ou plutôt me ramène à l’Église catholique!

Régression? Parcours en spirale, plutôt, où le retour au point de départ comporte une plus grande profondeur. Je retrouvais ma religion « natale » avec un regard enrichi par mes années de nomadisme, et j’étais prêt à m’y engager à fond, jusqu’à me consacrer à la vie religieuse. Mon tempérament plutôt introspectif semblait me destiner à la vie monastique, et pourtant, c’est dans la Compagnie de Jésus, communauté on ne peut plus apostolique, que je me suis retrouvé. C’est que dans la spiritualité d’Ignace de Loyola, je me suis très vite senti dans mon élément : spiritualité qui ne nie pas le désir, mais l’oriente au service de l’humanité pour la gloire plus grande de Dieu, où l’action n’est fructueuse que dans la mesure où elle s’enracine dans la contemplation; spiritualité, enfin, du « magis », du davantage, dans laquelle la relation intime avec Dieu pousse joyeusement au dépassement, à travers la vie communautaire et face aux défis à relever dans notre monde. Bref, c’est une belle aventure qui continue!

Roch Lapalme sj

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Accueillir le don de Dieu

J’ai choisi de devenir jésuite à 18 ans en réponse à ce Dieu qui m’appelait à risquer ma vie à la suite du Christ. Un appel clair, fort, mais aussi très intime. Et bien peu précis quant aux contours qu’il prendrait au fil du temps. Il fallait probablement beaucoup de confiance dans le Seigneur, mais aussi pas mal de témérité pour faire ce choix. L’amour rend aveugle, n’est-ce pas?

Pourquoi avoir dit « oui »? Pour tenter l’aventure d’une ouverture sans retour au mystère, à ce Dieu qui m’interpelle du plus profond de moi-même, ce Dieu qui m’est plus intérieur que je ne puis l’être à moi-même. Un Dieu intime, discret, respectueux de la liberté, mais aussi un Dieu Incarné, présent et agissant dans l’histoire. Un Dieu qui appelle à aller de l’avant, à se dépasser. Un Dieu qui est Parole, Parole faite chair. Un Dieu à contempler, à assimiler, à vivre, et aussi à transmettre.

C’est ainsi que cet appel à suivre le Christ se mue progressivement en un appel à se « modeler » à Lui, à le « revêtir », comme dit saint Paul, à être « en » Jésus-Christ. Et étant « dans » le Christ, on se découvre « en » Église, la communauté des croyants, la communion de tous ceux et celles qui veulent vivre de la vie de Dieu au quotidien. Comme Compagnon de Jésus, et bientôt comme diacre puis comme prêtre, je me sens frère de tous, mais aussi appelé personnellement à rendre cette Parole Incarnée présente et vivante au coeur de notre monde.

Des années plus tard, comment se poursuit cette aventure? Elle se vit dans la paix, à cheminer près de l’abîme, dans la foi. Mais aussi dans la joie, une joie qui n’est pas gagnée, ni méritée; d’une joie insaisissable qui s’accueille comme un don de Celui qui est notre Vie.

André Brouillette sj

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